paris, mairie de Paris
24/02/2026
Économiste, Sebastiao Salgado travaillait initialement pour l’Organisation internationale du café. Mais, disait-il, « j’emportais mon appareil photo pour mes enquêtes et je me suis aperçu que les images me donnaient dix fois plus de plaisir que les rapports économiques. Je commençais à voir le monde d’une autre manière, à travers le viseur et par un contact direct avec les gens. En fait, j’ai continué à faire la même chose : dresser un constat de la réalité. » C’est ainsi que, devenu photographe, sa démarche n’a pas vraiment changé : elle consiste toujours à traiter en longueur et de manière approfondie des sujets impliquant la destinée de populations confrontées aux défis et ruptures du Monde. Il a ainsi réalisé des séries consacrées à chacune à un sujet sur lequel il a travaillé des années : travailleurs des mines d’or au Brésil, famine au Sahel, culture du café, travailleurs manuels (photographiés dans 40 pays pendant plus de 6 ans), déplacement de populations partout dans le monde, génocide au Rwanda… Ces travaux donnent lieu à de nombreuses publications et expositions, de même qu’à des collaborations avec l’Unicef, l’Unesco, Médecins sans frontières, Reporters sans frontières et bien d’autres institutions ainsi que des organes de presse.
Une telle oeuvre, abondante, très structurée autour un nombre défini de séries, est difficile à montrer. Polka a, plusieurs fois, choisi d’exposer une série à la fois (Genesis en 2025). Mais, à l’Hôtel de ville, l’impossible exhaustivité produit un effet d’éclectisme qui obscurcit un peu la compréhension des intentions du photographe, sans toutefois en amoindrir l’intérêt.
On ne peut pas évoquer Sebastiao Salgado sans mentionner sa technique, tant elle est constitutive de son art. Tout son travail est en noir et blanc, que d’aucuns qualifient de lyrique (« le noir et blanc offre au lecteur une capacité d’imagination bien supérieure à la couleur » disait-il). Ses choix de pellicules et de techniques de tirage, son association (plus récente) de l’argentique au numérique, aboutissent à des images qui valorisent remarquablement son immense maîtrise de la lumière. Une de ses séries majeures, Genesis (2013, 30 voyages sur 8 années), qui présente des images de lieux de la Terre qui ont échappé à la société moderne, détient le record mondial du nombre de visiteurs en exposition. Tirée au platine-palladium, cette série était présentée en 2025 à la galerie Polka.
